Le marché informel des pneumatiques occupe toujours une place importante en Tunisie

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Une étude réalisée par la Chambre Syndicale Nationale des Grossistes Importateurs de Pneumatiques démontre que le commerce des pneumatiques en Tunisie est toujours dominé par le secteur informel. Cette prépondérance du marché parallèle dépasse de loin les tolérances acceptables.  En réalité, le marché des pneumatiques est confronté à deux problèmes, celui de la barrière tarifaire qui exerce une pression fiscale pouvant atteindre les 94%, et celui de la barrière non tarifaire qui nécessite la soumission d’un permis pour chaque entrée. 

Khémis Baba, directeur général de Société Tunisienne des Industries de Pneumatiques (STIP), a estimé que la consommation nationale des pneus passera à trois millions d’unités d’ici 2027, compte tenu de la croissance de la flotte tunisienne (tourismes, camionnettes et poids lourds). Il faut noter que l’année 2022 a enregistré 55.455 immatriculations de véhicules neufs en Tunisie, soit un peu plus de 10% par rapport à l’année 2021. 

Dans une récente déclaration à un de nos confrères, le directeur de la STIP a mis en garde contre les dangers des pneus achetés sur le marché parallèle, recommandant aux consommateurs d’apprendre à connaître les consignes inscrites sur les pneus, afin d’assurer la sécurité de chacun. Les pneus vendus sur le marché informel, a-t-il dit, «  présentent un grand risque pour la sécurité routière et sont une cause de graves accidents de la circulation ».

Dans ce sens, il a souligné que d’après les investigations que nous réalisons avec les revendeurs des pneus ainsi que les consommateurs, et en se référant également à des tests que nous effectuons dans nos laboratoires sur les produits qui circulent dans nos marchés, nous pouvons déduire que plus de 60% des pneus qui sont d’origine inconnue, ne sont pas conformes aux textes réglementaires et aux cahiers des charges ». Dans sa déclaration, il a même révélé que le contrôle de certains pneus d’origine chinoise indique une date de fabrication ne dépassant pas 15 jours, alors que le transport depuis la Chine nécessite un minimum de 40 jours. « Cela nous informe clairement sur les pratiques malsaines et dévoile tous les trafics qui existent. Cette falsification des dates de fabrication des pneus les rend invalides et dangereux », a-t-il dit.  

Le commerce des pneus en Tunisie est clairement dominé par le marché parallèle. Selon Khémis Baba, ces pneus sont vendus à des prix bas par rapport au prix du marché national, ce qui attire la plupart des consommateurs tunisiens qui sont généralement en quête de prix bon marché. Ceci implique une augmentation de la demande et donc le développement du marché parallèle. 

Un acteur local de pneumatiques a même fait référence au blanchiment d’argent de certains de ces acteurs : « La vente des pneus à des prix inférieurs au coût de revient ne pose pas de problème à certains de ces vendeurs. De plus, ils n’ont aucune contrainte pour la vente en hors TVA qui s’élève à 19% pour les ventes régulières. Cela fait donc 19% de différence par rapport aux prix de vente sur le marché régulier ». 

La même source précise que le flux le plus important de pneus vendus sur le marché informel provient d’un pays voisin, dont les vendeurs gagnent des sommes importantes en évitant de passer par les banques tunisiennes. Ils bénéficient du marché de change informel où le taux de change des devises est nettement plus élevé que le taux de change des devises achetées auprès des banques nationales.

Selon les estimations de Khémis Baba, le marché parallèle des pneus compte actuellement environ 55% des pneus mis en vente dans le pays. Il avait atteint 70% il y a deux ans. Il conclut que le manque à gagner annuel pour le Trésor public est de près de 220 millions de dinars pour les droits et taxes (TVA comprise) et 11 millions de dinars pour les cotisations et redevances sociales auxquels s’ajoutent 160 millions de dinars pour le montant des pertes. Ces chiffres significatifs impactent l’Etat tunisien, mais aussi la production locale. Une étude réalisée dans ce sens a conclu que pour faire face à ce phénomène, il est recommandé de baisser la pression fiscale à l’importation et d’éradiquer l’ensemble des obstacles non tarifaires, mais aussi de soutenir les investisseurs locaux à produire dans le pays et à développer ce secteur davantage.

Abdellah Khalil

Hervé Daigueperce
Hervé Daiguepercehttps://www.rechange-tunisie.com
Rédacteur en chef d'Algérie Rechange, de Rechange Maroc, de Tunisie Rechange et de Rechange Maghreb.

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