Voitures populaires : forte demande, faible offre

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Le marché des voitures populaires en Tunisie continue de refléter un profond déséquilibre entre une demande massive et une offre restreinte. Pour l’année 2025, le quota annuel a été fixé à 10.000 unités, un chiffre largement insuffisant face à des demandes qui dépassent les 150.000 dossiers, selon les estimations de la Chambre nationale des constructeurs et des concessionnaires automobiles. Résultat : des délais d’attente qui s’étendent sur plusieurs années, et une frustration croissante parmi les Tunisiens à revenus modestes pour qui ce type de véhicule représente souvent l’unique possibilité d’accéder à la propriété automobile.

Face à cette situation tendue, le ministère du Commerce tente d’apporter des solutions. Lors d’une récente déclaration, le ministre Samir Abid a rappelé que la voiture populaire s’inscrit dans une logique de politique sociale, visant à faciliter l’accès à un véhicule abordable pour les citoyens les plus vulnérables. Il a également confirmé que des actions concrètes sont en cours pour améliorer l’approvisionnement et assouplir les contraintes qui freinent actuellement le marché.

Sur le terrain, malgré les obstacles, certaines marques continuent de tirer leur épingle du jeu. En tête des ventes, la Hyundai Grand i10 s’impose comme le modèle préféré des Tunisiens, avec 1.653 unités vendues, suivie par la Suzuki Celerio (1.296 unités) et la Chery Tiggo (1.000 unités). Des chiffres modestes, mais révélateurs de la compétitivité de ces modèles sur un segment ultra-sensible au rapport prix/équipement, avec un plafond fixé à 35.000 dinars, une puissance fiscale de 4 CV et une cylindrée inférieure à 1.200 centimètres cubes, conformément au cahier des charges en vigueur.

Ce plafond, pourtant censé protéger le consommateur, a généré l’effet inverse en 2024. Trois concessionnaires ont suspendu leurs ventes de véhicules populaires après l’imposition de ce seuil tarifaire, estimé incompatible avec les réalités du marché. Résultat : seuls 6.098 véhicules ont été immatriculés l’année dernière, un recul par rapport aux 6.454 unités écoulées en 2023, et loin des niveaux nécessaires pour satisfaire la demande. Cette restriction d’offre s’est traduite par des listes d’attente toujours plus longues, allant de 3 à 5 ans selon les marques, voire davantage dans certains cas.

Du côté des autorités, les discussions avec les professionnels du secteur se poursuivent. Le ministère du Commerce a exprimé sa volonté de réviser les quotas à la hausse, tout en étudiant des mécanismes de régulation des prix plus souples, tenant compte des fluctuations du taux de change, de l’évolution des coûts logistiques et de la pression exercée par les droits de douane. Car si les prix restent plafonnés sur le papier, les coûts d’importation, eux, ne cessent d’augmenter, creusant un fossé entre l’offre théorique et la réalité économique.

Dans ce contexte, les concessionnaires se trouvent eux aussi dans une position délicate. Contraints par les marges faibles imposées sur les modèles populaires, certains peinent à maintenir une offre stable. Et malgré l’intérêt constant des citoyens pour ces véhicules, la viabilité économique du segment est régulièrement remise en question. Sans réajustement des conditions de commercialisation, il devient difficile pour les acteurs du marché de continuer à proposer ces modèles à long terme.

À ce jour, aucune décision officielle n’a encore été annoncée concernant l’augmentation du quota ou la révision du cadre tarifaire. Mais la pression sociale, combinée à la montée des besoins en mobilité, pourrait accélérer les réformes. Pour de nombreux ménages, la voiture populaire reste un enjeu crucial, synonyme d’autonomie, d’accès à l’emploi ou de stabilité familiale. Les autorités devront donc arbitrer entre contrôle des prix et réalité des coûts, afin de préserver l’essence même de ce programme lancé à l’origine comme une solution sociale.

En attendant, les modèles comme la Hyundai Grand i10, la Suzuki Celerio ou la Chery Tiggo demeurent les seuls espoirs pour les milliers de Tunisiens encore en attente d’un véhicule accessible. Une attente qui, sans mesures rapides et concrètes, pourrait encore s’allonger.

Abdellah Khalil

Rédaction
Rédactionhttps://www.rechange-tunisie.com
Rédacteur en chef d'Algérie Rechange, de Rechange Maroc, de Tunisie Rechange et de Rechange Maghreb.

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