Depuis quelques semaines, il ne passe pas inaperçu dans les rues de Tunis. Silencieuse, au design aussi fluide qu’élégant, la BYD Dolphin fait sensation, non seulement en tant que nouvelle citadine électrique, mais surtout comme le premier taxi 100 % électrique en circulation dans la capitale. Une initiative à la fois symbolique et concrète, qui annonce peut-être le début d’un tournant dans la mobilité urbaine tunisienne.
La BYD Dolphin n’est pas une voiture comme les autres. Venue tout droit du portefeuille technologique de Build Your Dreams (BYD), constructeur chinois à la croissance fulgurante, elle affiche une autonomie de 405 km, une capacité d’accueil confortable pour quatre passagers et une connectivité avancée. Avec son design inspiré du monde marin, ses lignes dynamiques, ses finitions intérieures modernes et son grand écran central intégrant les fonctions de voiture connectée, elle attire l’œil autant qu’elle interroge. Car au-delà de l’effet de nouveauté, c’est bien la fonction taxi qui change la donne.
Choisir une voiture électrique pour une utilisation intensive, comme celle d’un taxi urbain, n’est pas anodin. Cela suppose un pari sur la fiabilité à long terme, l’endurance de la batterie, la disponibilité des bornes de recharge, mais aussi une vraie volonté de rupture avec les habitudes thermiques. En s’insérant dans un service de transport public, la Dolphin dépasse son statut de véhicule personnel pour devenir une vitrine roulante de la transition énergétique. Et si cette première initiative suscite la curiosité, elle ouvre également des perspectives sur la mobilité professionnelle électrique, encore très marginale en Tunisie.
L’initiative s’inscrit dans une dynamique plus large portée par BYD à l’échelle mondiale, avec l’ambition de faire de l’électrique une norme accessible. En s’attaquant à des segments clés comme le taxi, la marque chinoise joue un rôle de catalyseur. Le taxi électrique devient ainsi un levier de visibilité pour la marque, mais aussi un outil de sensibilisation pour le public, qui découvre un usage quotidien de l’électrique, sans discours promotionnel, simplement par la pratique.
Pour les chauffeurs, les enjeux sont clairs. Réduire les coûts d’exploitation, notamment en carburant, bénéficier d’un entretien mécanique allégé et proposer à leurs clients un service plus silencieux, plus propre, plus fluide. Côté passagers, l’expérience change : le silence du moteur, l’accélération linéaire, la sensation de modernité embarquée. Ce premier modèle circulant à Tunis agit déjà comme un ambassadeur discret, mais efficace d’un nouveau rapport à l’automobile.
La BYD Dolphin pourrait bien être la première d’une série. Le projet, à moyen terme, viserait une généralisation progressive du taxi électrique dans le tissu urbain tunisien. Mais plusieurs défis restent à relever, à commencer par le réseau de recharge, encore limité, l’accompagnement des professionnels vers cette transition et la structuration d’un écosystème technique capable d’assurer l’après-vente et la disponibilité des pièces dans la durée.
Si l’on regarde plus largement, cette initiative rejoint les ambitions du pays en matière de mobilité durable. Les autorités tunisiennes ont affiché à plusieurs reprises leur volonté de verdir le parc automobile national, notamment dans le secteur des transports publics et semi-publics. L’arrivée de ce premier taxi électrique, bien qu’isolée pour l’instant, offre une illustration concrète des promesses de cette transition. Elle montre qu’une alternative est possible, même dans un contexte où le thermique reste dominant.
La route est encore longue avant une électrification massive du secteur. Mais ce premier taxi BYD, en sillonnant quotidiennement les avenues de la capitale, pose les jalons d’un changement culturel. Il interroge les passants, intrigue les automobilistes, invite à repenser la relation entre mobilité et environnement. Et surtout, il donne corps à une vision jusque-là cantonnée aux salons professionnels et aux discours institutionnels.
L’électrique est désormais en circulation, accessible, visible. Et s’il faut parfois un premier exemple pour amorcer une dynamique, la BYD Dolphin semble avoir trouvé son rôle.
Abdellah Khalil




