Leapmotor, la grosse cote

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Loin d’être le plus connu de tous ces nouveaux constructeurs chinois partis à la conquête du monde, Leapmotor est pourtant en train de trouver sa place là où personne ne l’attendait. Jeune, issue de la tech et très en avance sur des sujets avant-gardistes, la firme de Hangzhou possède de solides arguments qui ont séduit Stellantis. Et si le pari pour demain portait sur Leapmotor ?

Le 26 octobre 2023 restera une date importante pour Leapmotor. Ce jour-là, son PDG, Zhu Jiangming, scellait d’une poignée de main et d’un coup de stylo un accord historique pour sa firme. Aux côtés du dirigeant, figurait Carlos Tavares, directeur général de Stellantis. Plutôt du genre avare lorsqu’il s’agit de dépenser l’argent du groupe franco-italo-américain, l’ex-homme fort de Renault a pourtant vu grand avec cet accord. Pour pouvoir bénéficier de son expertise technologique et distribuer ses produits à l’international, Stellantis a ainsi investi la bagatelle de 1,5 milliard d’euros pour pouvoir se rapprocher du jeune constructeur de véhicules électriques et acquérir 20 % de son capital. Une enveloppe colossale qui en dit long sur la place qu’est en train de prendre la firme de Hangzhou dans le paysage de l’automobile et surtout le potentiel de croissance qui lui est adossé. Et s’il fallait utiliser un autre superlatif, hallucinant intégrerait le champ lexical de Leapmotor. Sa trajectoire est ainsi de cet acabit. Il y a dix ans encore, personne n’avait jamais entendu ce nom, ce qui est somme toute logique pour une entreprise qui n’existait pas encore. Zhu Jiangming en avait-il posé les premiers jalons dans son esprit ? Sans doute et c’est de cette réflexion qu’aboutit sa création en décembre 2015. Zhejiang Leapmotor Technology naquit ainsi dans l’Est de l’Empire. Si son patronyme d’aujourd’hui a été raboté, celui de l’époque en disait davantage de sa philosophie.

Le reflet de notre époque

Comme tant d’autres compatriotes constructeurs, Leapmotor a construit son histoire dans l’univers des nouvelles technologies. Aux tâtonnements initiaux succéderont les premiers coups d’éclat. En 2018, au CES Asia, version délocalisée du célèbre salon de Las Vegas, l’entreprise présente ses travaux sur l’intelligence artificielle avec une puce, Lingxin 01, destinée à la conduite autonome. Première incursion dans l’automobile. Dans la foulée, sa direction dévoile ses ambitions. Il est question de lancer plusieurs modèles électriques. La S01, un coupé zéro émission, débarque sur le marché chinois à l’été 2019. Suivront le C11, un crossover du segment C, la C01, une berline du segment D, et la T03, une citadine cinq portes du segment A. De quoi installer une marque. Aujourd’hui, l’analyse de Leapmotor offre un curieux paradoxe. Une sorte de bipolarité qui dit beaucoup de la folie, plus ou moins sensée, entourant les constructeurs chinois. Côté pile, nous avons donc dans le cas présent une firme pour qui tout ou presque reste à construire sur le plan commercial. Présente sur son marché domestique, en phase de découverte en Europe (à commencer par la France) et en discussions pour découvrir sous peu le continent africain (avec le Maghreb en ligne de mire), la marque se refuse à communiquer en détails ses volumes écoulés. Preuve que ces derniers ne doivent pas être dithyrambiques.

Maîtriser toute la chaîne de valeur

Côté face, il y a tout le reste, à commencer par ce savoir-faire déjà reconnu dans le développement de technologies de pointe. Et une maîtrise quasi-totale de la chaîne de valeur. Car Leapmotor, qui s’appuie actuellement sur un unique site de production d’une capacité de 200 000 modèles par an, est l’un des seuls au monde à développer en interne tous ses composants, qu’il s’agisse de ceux liés à la la gestion du moteur, à la conduite autonome ou au système embarqué. C’est sans aucun doute l’une des grandes raisons de son succès auprès de Stellantis et c’est aussi pour cela que Volkswagen continue de lui faire des yeux doux. Cette stratégie n’est pas sans rappeler celle de Tesla qui a fait le choix d’internaliser au maximum sa production. Avec le succès qu’on connaît. Il n’est pas écrit que l’on retrouve des véhicules siglés Leapmotor aux quatre coins du globe d’ici demain. En revanche, la marque chinoise est peut-être en train de créer un nouveau modèle industriel. Une sorte de super marque blanche sur laquelle voudraient s’appuyer de nombreux acteurs historiques. C’est aussi ça la Chine. Une agilité exceptionnelle et une prédominance technologique sans équivalent.

Julien Nicolas

Hervé Daigueperce
Hervé Daiguepercehttps://www.rechange-tunisie.com
Rédacteur en chef d'Algérie Rechange, de Rechange Maroc, de Tunisie Rechange et de Rechange Maghreb.

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