Trois ans après notre première visite, retour chez Prime, à Ben Arous. L’entreprise tunisienne spécialisée dans la pièce de rechange poids lourd n’a plus grand-chose à voir avec la jeune structure que nous avions découverte en 2023. Nouvelles cartes internationales, couverture logistique étendue à l’ensemble du territoire et lancement imminent d’un atelier mobile : derrière cette évolution se dessine une stratégie patiente, bâtie sur le service, la proximité et une montée en puissance méthodique.
À Ben Arous, l’adresse n’a pas changé. L’enseigne Prime est toujours là, visible depuis l’entrée, avec cette identité simple et directe que l’entreprise affiche depuis ses débuts. Pourtant, dès les premiers instants, le décor raconte autre chose. Les locaux semblent avoir pris de l’ampleur, les espaces de stockage se sont densifiés, les équipes circulent avec une assurance nouvelle. Ce n’est plus tout à fait l’entreprise en phase de lancement que nous avions visitée en 2023. Le lieu a gagné en volume, mais surtout en maturité.
À l’époque, Saber Nefzaoui parlait déjà d’ambition, de développement et de place à prendre sur le marché tunisien de la pièce de rechange poids lourd. Le projet était jeune, presque encore en construction. Créée en 2021, Prime avançait alors avec l’énergie des commencements, portée par l’expérience de son fondateur et par une volonté claire de ne pas rester un acteur de plus dans un secteur très disputé. Trois ans plus tard, le discours a changé de ton. Il n’est pas moins ambitieux, mais il s’appuie désormais sur des résultats plus tangibles.
« Nous avons réalisé pratiquement tous les objectifs dont nous avions parlé en 2023 », résume Saber Nefzaoui. Dans sa voix, pas d’effet d’annonce. Plutôt la satisfaction mesurée de celui qui préfère laisser parler le terrain. Prime a grandi, mais pas exactement comme cela avait été imaginé au départ. L’ouverture annoncée à Sfax n’a finalement pas eu lieu. Non par manque de moyens ou d’opportunité, mais parce que l’entreprise a choisi de revoir sa stratégie.
Le raisonnement est révélateur de la manière dont Prime avance. S’installer physiquement à Sfax aurait pu donner de la visibilité. Mais cela aurait aussi placé l’entreprise en concurrence directe avec une partie de ses propres clients revendeurs. « Nous avons changé d’avis. Aujourd’hui, notre point d’attache à Sfax, ce sont nos revendeurs », explique Saber Nefzaoui. Plutôt que d’ouvrir un local supplémentaire, Prime a préféré renforcer ses relais commerciaux et logistiques dans les régions.
Cette décision dit beaucoup de l’état d’esprit de l’entreprise. Prime n’a pas cherché à grandir verticalement, en multipliant les adresses. Elle a choisi de s’étendre horizontalement, en couvrant le territoire autrement. Des commerciaux itinérants sillonnent désormais le pays, avec des véhicules, des tournées et une connaissance fine de leur zone. De Bizerte à Ben Guerdane, la présence de Prime ne passe pas seulement par des murs. Elle passe par des hommes, des appels, des commandes préparées vite et des colis qui doivent arriver au bon moment.
La promesse est simple : lorsqu’une pièce est disponible en stock, elle peut être livrée dès le lendemain matin, hors dimanches et jours fériés. « Aujourd’hui, un client peut commander et retrouver sa marchandise devant sa porte dès le lendemain matin », affirme Saber Nefzaoui. Dans le poids lourd, cette rapidité n’a rien d’un confort accessoire. Une pièce manquante peut immobiliser un camion, retarder une livraison, désorganiser une flotte et peser directement sur l’activité d’un transporteur.
Derrière cette réactivité, il y a une organisation qui s’est progressivement structurée. Prime travaille avec des transporteurs capables d’assurer des délais courts, suit ses commandes de près et préfère prévenir ses clients lorsqu’un article dépend d’un dédouanement ou d’un arrivage différé. Cette transparence fait partie de la relation bâtie avec les professionnels. Dans un marché où la parole donnée compte encore beaucoup, dire clairement ce qui est disponible, ce qui ne l’est pas et quand une pièce pourra arriver devient un véritable avantage concurrentiel.
Trois ans après notre premier reportage, Prime donne ainsi l’image d’une entreprise entrée dans un autre cycle. Elle n’a pas seulement augmenté son chiffre d’affaires ou élargi son portefeuille. Elle a affiné son modèle. Elle a compris que la proximité ne se mesure pas uniquement en kilomètres, mais en capacité de réponse. C’est peut-être là que se joue aujourd’hui sa différence : être présent sans forcément ouvrir partout, servir vite sans promettre l’impossible, avancer sans brûler les étapes.
À Ben Arous, cette évolution se lit dans les gestes du quotidien. Dans les allées, les pièces circulent. Dans les bureaux, les équipes répondent, orientent, vérifient, relancent. Saber Nefzaoui observe tout cela avec une forme de discrétion assumée. Il n’a pas le goût des grandes déclarations. Il préfère parler de méthode, de clients, de service. Et lorsqu’il revient sur ces trois années, il ne cherche pas à embellir le récit. Il constate simplement que Prime a changé de dimension, sans perdre ce qui faisait sa force au départ : une relation directe avec le marché et une manière très concrète de répondre aux besoins des transporteurs.
Des cartes premium pour changer de dimension
Si Prime a gagné en visibilité ces dernières années, c’est aussi parce que l’entreprise a progressivement enrichi son portefeuille de marques. Dans l’univers de la pièce de rechange poids lourd, certaines signatures ouvrent des portes. Elles rassurent les revendeurs, crédibilisent un distributeur auprès des grandes flottes et attestent d’une capacité à répondre à des exigences élevées en matière de qualité et de service.
Lorsque nous avions rencontré Saber Nefzaoui en 2023, plusieurs discussions étaient encore en cours avec des équipementiers internationaux. Trois ans plus tard, le paysage a changé. Prime s’est entourée de plusieurs références majeures de l’après-vente mondiale et a considérablement renforcé sa position sur le marché tunisien.
Parmi les partenariats les plus marquants figure Mahle. Pour les professionnels du poids lourd, le nom évoque immédiatement la première monte. Filtration, composants moteur, systèmes thermiques ou encore refroidissement : l’équipementier allemand occupe une place stratégique dans l’entretien des véhicules industriels européens. Pour Prime, cette collaboration a constitué un véritable accélérateur.
« Nous sommes devenus plus forts grâce à ce partenariat, mais aussi grâce au professionnalisme de notre équipe, à nos conseils techniques et aux solutions que nous apportons à nos clients », explique Saber Nefzaoui.
La même logique se retrouve avec ZF et sa marque Sachs, puis avec NTN-SNR pour les roulements ou encore Meritor pour certaines familles de composants destinées aux véhicules industriels. Autant de références qui permettent aujourd’hui à Prime de couvrir un spectre beaucoup plus large qu’à ses débuts.
Mais au fil de la conversation, un élément revient régulièrement : les marques ne suffisent pas à elles seules à construire une réputation durable. Chez Prime, le produit s’accompagne systématiquement d’un accompagnement technique. Cette approche est devenue l’un des piliers du modèle développé par l’entreprise.
Lorsqu’un transporteur ou un atelier sollicite une pièce susceptible d’avoir un impact direct sur la sécurité ou la fiabilité mécanique d’un véhicule, les équipes n’hésitent pas à orienter le client vers une solution de qualité supérieure. À l’inverse, pour des éléments moins critiques, le choix reste plus ouvert afin de tenir compte des contraintes budgétaires de chacun.
« Nous ne vendons pas seulement des pièces. Nous sommes aussi des conseillers auprès de nos clients », résume le dirigeant.
Cette philosophie a progressivement permis à Prime de se faire une place auprès d’une clientèle plus exigeante. Aux côtés du réseau historique de revendeurs, l’entreprise travaille désormais avec de nombreuses flottes opérant dans le transport, les travaux publics ou l’industrie agroalimentaire. Des clients pour lesquels la disponibilité d’une pièce ou la rapidité d’une intervention peuvent avoir des conséquences immédiates sur l’activité.
Pour convaincre ces acteurs, il ne suffit pas d’afficher un catalogue fourni. Il faut être capable de répondre présent lorsqu’un véhicule est immobilisé ou lorsqu’une pièce manque au mauvais moment. C’est précisément sur ce terrain que Prime cherche à faire la différence.
Saber Nefzaoui résume cette approche avec une formule qui revient plusieurs fois au cours de notre entretien : « Sincèrement, nous ne faisons rien de plus que notre travail. Mais nous essayons de le faire correctement ».
Derrière cette apparente simplicité se cache sans doute l’une des clés de l’évolution de Prime. L’entreprise n’a pas cherché à brûler les étapes. Elle a préféré construire progressivement sa crédibilité, marque après marque, client après client, jusqu’à intégrer aujourd’hui le cercle des acteurs qui comptent dans la distribution de pièces de rechange poids lourd en Tunisie.
Cette montée en puissance s’est accompagnée d’une autre transformation, moins visible mais tout aussi importante : celle des équipes. Car derrière chaque nouvelle carte obtenue, chaque nouveau client gagné et chaque nouveau marché conquis, se trouve une organisation qui s’est structurée et professionnalisée au fil des années. C’est sans doute dans cette évolution interne que se joue désormais la prochaine étape du développement de Prime.
Former avant de vendre
À mesure que Prime grandit, une conviction semble s’être imposée au sein de l’entreprise : dans le poids lourd, la croissance ne se mesure pas uniquement au nombre de références en stock ou aux mètres carrés de dépôt. Elle dépend aussi de la capacité des équipes à comprendre les produits qu’elles commercialisent.
Cette préoccupation apparaît partout dans les locaux. Au sein du siège principal de Prime, une salle de formation accueille régulièrement les collaborateurs de l’entreprise. Ici, les séances ne sont pas réservées aux nouvelles recrues. Elles rythment la vie de l’entreprise tout au long de l’année.
Chaque nouvelle gamme, chaque évolution technologique, chaque nouveau produit important devient un prétexte pour réunir les équipes et approfondir leurs connaissances. L’objectif n’est pas simplement de maîtriser un argumentaire commercial. Il s’agit avant tout de comprendre le fonctionnement des systèmes, les contraintes des véhicules et les problématiques rencontrées sur le terrain.
« Nous investissons toujours dans la formation. Même moi, j’y assiste. C’est très bénéfique », explique Saber Nefzaoui.
Le sujet lui tient manifestement à cœur. Durant notre entretien, il revient à plusieurs reprises sur l’importance du conseil technique. Dans son esprit, la valeur ajoutée d’un distributeur ne réside plus uniquement dans sa capacité à fournir une pièce. Elle repose aussi sur sa faculté à orienter le client vers la bonne solution, à expliquer une technologie ou à éviter une erreur de diagnostic.
Cette culture de la compétence s’observe également dans la manière dont Prime prépare l’avenir. Certaines formations portent sur des technologies encore peu répandues sur le marché tunisien. Les équipes travaillent déjà sur des systèmes qui équipent les générations les plus récentes de véhicules industriels européens, même lorsque les demandes restent encore rares. « Nous essayons toujours d’être prêts à l’avance », résume le dirigeant.
Cette anticipation prend tout son sens dans un contexte où le parc roulant tunisien évolue lentement. Les camions Euro 3 demeurent largement majoritaires et les technologies les plus récentes progressent à un rythme beaucoup plus modéré que dans plusieurs marchés européens. Pourtant, Prime refuse d’attendre que les besoins apparaissent pour se préparer.
Cette même logique se retrouve dans l’organisation logistique mise en place au fil des années. Car si la compétence technique constitue un premier pilier, la disponibilité reste le second.
Depuis notre dernière visite, les capacités de stockage ont considérablement évolué. Les surfaces ont été agrandies à Ben Arous, tandis qu’un nouveau dépôt a été développé à la Nouvelle Médina. L’objectif est simple : sécuriser davantage de références et réduire les ruptures.
En parcourant le dépôt, l’évolution apparaît immédiatement. Les familles de produits se sont multipliées, les stocks se sont densifiés et l’entreprise a investi dans des outils capables de suivre précisément les niveaux de disponibilité.
Prime s’appuie désormais sur un système de gestion qui calcule automatiquement les seuils de réapprovisionnement. Chaque référence dispose de ses propres paramètres de stock minimum et maximum. Lorsque certains seuils sont atteints, le système alerte les équipes achats afin d’anticiper les commandes.
Bien entendu, la meilleure organisation du monde ne résout pas tous les problèmes. Comme la majorité des acteurs de l’après-vente, Prime reste confrontée aux tensions qui affectent encore certains approvisionnements internationaux. Plusieurs années après la pandémie, les délais de livraison continuent de varier selon les fournisseurs et les familles de produits.
Pour autant, l’entreprise s’efforce de limiter l’impact de ces contraintes sur ses clients. L’anticipation des commandes, l’élargissement des stocks et le renforcement de la logistique nationale lui permettent aujourd’hui d’assurer un niveau de service particulièrement élevé.
Mais l’évolution la plus spectaculaire n’est peut-être pas encore visible. Dans quelques mois, Prime franchira une nouvelle étape avec le lancement de son premier atelier mobile. Le projet mûrit depuis plusieurs années dans l’esprit de Saber Nefzaoui. Cette fois, il est sur le point de devenir réalité.
L’idée est simple : aller directement chez le client. Équipé d’un stock embarqué, d’outils de diagnostic et du matériel nécessaire aux opérations rapides, le véhicule interviendra directement dans les parcs de transport pour réaliser certaines opérations de maintenance sans immobilisation prolongée.
Vidanges, remplacement de pièces courantes, contrôles techniques ou diagnostics : l’objectif est de rapprocher encore davantage le service du terrain.
Cette initiative résume assez bien l’évolution de Prime au cours des dernières années. L’entreprise ne cherche plus seulement à vendre des pièces de rechange. Elle cherche progressivement à construire autour de celles-ci un ensemble de services capables d’accompagner ses clients au quotidien. Et à écouter Saber Nefzaoui, ce mouvement ne fait que commencer.
L’horizon des cinq prochaines années
Lorsqu’on interroge Saber Nefzaoui sur l’avenir, la réponse est immédiate. Après avoir consolidé sa place parmi les acteurs reconnus de la pièce de rechange poids lourd en Tunisie, Prime vise désormais un cercle encore plus restreint. « D’ici cinq ans, je parlerais du Top 3 », affirme-t-il simplement.
L’ambition est assumée, mais elle s’appuie sur une progression déjà visible. Depuis 2023, l’entreprise a étendu sa couverture nationale, renforcé son portefeuille de marques, développé ses infrastructures et élargi sa clientèle, notamment auprès des grandes flottes. Pour son dirigeant, cette évolution n’est pas le résultat d’une croissance précipitée, mais celui d’un travail régulier mené sur plusieurs années.
Le contexte reste pourtant exigeant. Les tensions sur les approvisionnements n’ont pas totalement disparu et certains équipementiers continuent de faire face à des délais variables. « Depuis le Covid, le problème de disponibilité n’est pas encore totalement réglé », observe Saber Nefzaoui. Pour limiter l’impact de ces contraintes, Prime mise sur l’anticipation, le renforcement de ses stocks et la diversification de ses sources d’approvisionnement.
L’entreprise doit également composer avec une autre réalité : celle d’un parc roulant tunisien qui évolue à son propre rythme. Si les nouvelles technologies se multiplient chez les constructeurs, les véhicules industriels les plus récents restent encore minoritaires sur les routes du pays. Cette situation impose de répondre aux besoins actuels du marché tout en préparant les évolutions de demain.
À l’issue de cette visite, une impression demeure. Prime a changé de dimension sans modifier sa philosophie. Derrière les nouvelles cartes, les projets et les ambitions, le discours revient toujours aux mêmes fondamentaux : le service, la disponibilité, la compétence et la confiance.
Trois ans après notre premier reportage, l’entreprise n’est plus une promesse. Elle s’est imposée comme un acteur solide du paysage tunisien de la rechange poids lourd. Et au regard de la trajectoire suivie jusqu’ici, l’histoire semble encore loin d’être arrivée à son terme.
Abdellah Khalil









