Macoflex : l’export comme réponse à la pression des importations

Date:

Depuis plus de quarante ans, Macoflex fabrique en Tunisie des câbles de commande destinés à l’automobile, aux véhicules industriels, aux engins agricoles et même au secteur maritime. À l’heure où les marchés s’ouvrent davantage aux importations et où la concurrence internationale s’intensifie, l’entreprise poursuit son développement en misant sur son savoir-faire industriel et sur l’exportation. Rencontre avec Saïd Guirat, directeur technique de Macoflex, à Automechanika Istanbul 2026.

Dans les allées d’Automechanika Istanbul, les visiteurs croisent des milliers de références : systèmes de freinage, pièces moteur, équipements électroniques ou encore composants de suspension. Plus discrète, une autre famille de produits joue pourtant un rôle essentiel dans le fonctionnement quotidien de millions de véhicules : les câbles de commande. C’est précisément sur ce segment que Macoflex a bâti son expertise.

Créée en 1984, l’entreprise tunisienne s’est spécialisée dans la conception et la fabrication de câbles de commande mécaniques à distance. Une activité de niche qui exige un savoir-faire technique particulier et une capacité constante à adapter les produits aux évolutions du parc roulant. « Nous fabriquons des câbles de commande pour les véhicules légers, les poids lourds, les bus, les engins agricoles ainsi que pour certaines applications marines », explique Saïd Guirat.

Installée à Soliman, dans la région de Tunis, l’entreprise a progressivement développé son activité bien au-delà du marché local. Car pour un industriel tunisien, la croissance passe difficilement par le seul marché domestique. « Aujourd’hui, pour se développer, une entreprise doit exporter », résume le directeur technique. Cette conviction explique en grande partie la présence de Macoflex à Automechanika Istanbul. Comme de nombreux fabricants de la région, l’entreprise voit dans les salons internationaux un moyen de renforcer sa visibilité et de maintenir sa présence sur les marchés extérieurs.

Une spécialisation qui devient un avantage

Dans un secteur où de nombreux équipementiers cherchent à élargir continuellement leurs catalogues, Macoflex suit une trajectoire différente. L’entreprise a choisi de concentrer ses efforts autour d’un métier qu’elle maîtrise depuis plusieurs décennies. Au fil des années, cette spécialisation lui a permis de développer une offre particulièrement étendue couvrant les principaux véhicules européens, asiatiques, coréens et japonais. Mais l’un des domaines sur lesquels l’entreprise a le plus investi concerne les câbles de sélection et de changement de vitesse.

« Nous avons développé une gamme importante de câbles de vitesse. Ce sont des produits récents, très demandés et relativement complexes à développer », souligne Saïd Guirat.

Cette complexité constitue d’ailleurs une barrière à l’entrée pour de nombreux concurrents. Contrairement à certaines références plus standardisées, ces produits nécessitent des investissements techniques importants ainsi qu’une parfaite maîtrise des processus de développement.

Pour Macoflex, cette capacité à proposer une couverture large sur des références parfois difficiles à produire représente aujourd’hui un véritable atout commercial.

Un marché tunisien de plus en plus concurrentiel

Si l’entreprise continue à investir dans ses gammes, elle évolue toutefois dans un environnement qui a profondément changé au cours des dernières années. Pour Saïd Guirat, le marché tunisien de l’après-vente automobile n’est plus celui qu’il était il y a une décennie.

L’ouverture progressive des échanges a multiplié les possibilités d’approvisionnement pour les distributeurs et les importateurs. Des produits venus d’Asie, mais aussi d’autres régions du monde, occupent désormais une place grandissante sur le marché.

« L’évolution du marché va davantage en faveur de l’importation que de la fabrication locale », constate-t-il.

La Chine figure naturellement parmi les acteurs les plus présents, mais elle n’est pas la seule. Les industriels turcs ont eux aussi renforcé leur présence dans plusieurs segments de l’après-vente automobile.

Pour les fabricants locaux, cette évolution modifie considérablement les règles du jeu. « Aujourd’hui, pratiquement tout le monde peut importer. La concurrence est beaucoup plus forte qu’auparavant », explique le responsable tunisien.

Selon lui, cette situation place les industriels locaux face à un défi permanent : continuer à investir dans la production tout en affrontant des produits importés souvent proposés à des conditions tarifaires particulièrement agressives.

Exporter pour continuer à grandir

Face à une concurrence de plus en plus intense sur son marché domestique, Macoflex a depuis longtemps choisi de regarder au-delà des frontières tunisiennes. Pour l’entreprise, l’exportation n’est pas seulement un relais de croissance ; elle constitue une composante essentielle de son modèle de développement. Au fil des années, le fabricant a construit un réseau commercial qui lui permet aujourd’hui d’être présent sur plusieurs marchés européens, africains et moyen-orientaux.

« Nous exportons vers plusieurs pays européens, notamment la France et le Danemark. Nous sommes également présents au Moyen-Orient, en Égypte et au Liban, ainsi qu’en Afrique, notamment au Maroc, en Algérie et au Sénégal », explique Saïd Guirat.

Cette diversification géographique permet à l’entreprise de limiter sa dépendance à un seul marché tout en recherchant de nouvelles opportunités de développement. Certains pays occupent toutefois une place particulière dans les réflexions actuelles de Macoflex. Parmi eux figure l’Égypte, que le directeur technique considère comme l’un des marchés les plus prometteurs pour les années à venir.

L’Égypte, un potentiel encore largement inexploité

Lorsqu’il évoque les perspectives de croissance de l’entreprise, Saïd Guirat cite spontanément l’Égypte comme une destination prioritaire. Le pays présente plusieurs caractéristiques particulièrement attractives pour un fabricant de pièces de rechange : une population importante, un parc automobile considérable et une forte proportion de véhicules anciens qui nécessitent un entretien régulier.

« L’Égypte représente aujourd’hui l’une des destinations qui nous intéressent le plus. C’est un très grand marché avec un parc automobile important composé en grande partie de véhicules vieillissants », explique-t-il.

Pour les acteurs de l’après-vente, ce type de configuration constitue souvent un terrain favorable. Plus les véhicules vieillissent, plus les besoins en maintenance augmentent, créant naturellement une demande soutenue pour les pièces de rechange. Macoflex entend donc poursuivre ses efforts afin de renforcer progressivement sa présence sur ce marché, tout en consolidant ses positions dans les pays où elle est déjà implantée.

Une vision pragmatique des salons professionnels

Comme de nombreuses entreprises du secteur, Macoflex participe régulièrement aux grands rendez-vous internationaux de l’après-vente. Pourtant, le regard porté par Saïd Guirat sur ces événements se distingue par sa sobriété. Loin de considérer les salons comme une source inépuisable de nouveaux contrats, il y voit avant tout un outil de visibilité et de présence internationale.

« Nous participons à ce type d’événements principalement pour être visibles et maintenir notre présence sur les marchés internationaux », explique-t-il.

Cette approche repose sur l’expérience accumulée au fil des années. Pour le responsable tunisien, les salons permettent avant tout de renforcer les relations existantes, de rappeler aux partenaires que l’entreprise poursuit son développement et de maintenir son image auprès des professionnels du secteur. Les opportunités commerciales existent, mais elles se construisent généralement dans la durée plutôt qu’au fil de résultats immédiats.

Cette vision pragmatique n’empêche pas Macoflex de continuer à participer à des événements comme Automechanika Istanbul. Dans une industrie où la confiance joue un rôle essentiel, rester visible demeure un enjeu important pour les fabricants qui souhaitent conserver leur place sur les marchés internationaux.

Préserver l’industrie locale dans un marché ouvert

À travers le parcours de Macoflex, c’est finalement une problématique plus large qui apparaît. Comme beaucoup d’industriels tunisiens, l’entreprise évolue dans un environnement où les importations occupent une place grandissante. La mondialisation des échanges a considérablement élargi l’offre disponible sur le marché, renforçant la concurrence mais créant également de nouvelles opportunités à l’export.

Face à cette réalité, Macoflex poursuit une stratégie relativement claire : rester fidèle à son cœur de métier tout en développant progressivement sa présence internationale. L’entreprise continue de s’appuyer sur un savoir-faire acquis depuis plus de quarante ans dans la fabrication de câbles de commande, tout en adaptant son offre aux évolutions du marché automobile.

À bien des égards, l’expérience de Macoflex résume les enjeux auxquels font face de nombreux industriels maghrébins. Continuer à produire localement, investir dans le développement de nouveaux produits et renforcer sa présence à l’export tout en faisant face à une concurrence mondiale toujours plus forte. Une équation complexe, mais que Macoflex entend relever sans renoncer à ce qui a fait sa réputation depuis 1984.

Abdellah Khalil

Rédaction
Rédactionhttps://www.rechange-tunisie.com
Rédacteur en chef d'Algérie Rechange, de Rechange Maroc, de Tunisie Rechange et de Rechange Maghreb.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

spot_img

Articles similaires
Related

Pour Colmar, conserver ses clients est devenu aussi stratégique que d’en conquérir de nouveaux

Présente chaque année à Automechanika Istanbul, la société tunisienne...

SIA : la proximité comme réponse à la concurrence mondiale

Présente à Automechanika Istanbul 2026, la Société Industrielle d’Amortisseurs...

MG Tunisie : dix ans pour changer de dimension

Dix ans après son arrivée, MG s'impose comme le...

Mohamed Amine Daoudi : toujours un projet d’avance

Trois ans après notre première rencontre, l’entrepreneur tunisien a...