Trois ans après notre première rencontre, l’entrepreneur tunisien a considérablement élargi son terrain de jeu. À Ben Arous, Global Battery poursuit son développement tandis qu’une agence Toyota 3S et un centre de carrosserie multimarque sont venus compléter un écosystème construit autour d’une même passion : l’automobile. Derrière ces nouveaux projets se dessine une même philosophie, celle d’un entrepreneur qui refuse d’attendre que le marché change pour s’adapter.
Il y a des entrepreneurs qui bâtissent une activité et passent ensuite des années à la consolider. Mohamed Amine Daoudi appartient à une autre catégorie. Celle de ceux qui, dès qu’un projet atteint sa vitesse de croisière, commencent déjà à réfléchir au suivant. Lorsque nous l’avions rencontré en 2023, son quotidien se partageait entre Global Battery Daoudi et Rhodium Car Service. Le premier s’était imposé comme un acteur reconnu de la distribution de batteries automobiles, tandis que le second développait une activité de service rapide multimarque à Ben Arous. Trois ans plus tard, le paysage a profondément évolué.
Global Battery est toujours le socle de l’aventure entrepreneuriale. L’entreprise poursuit son activité de distribution auprès des particuliers et des professionnels tout en préparant une nouvelle phase de développement. Les locaux sont en cours de réaménagement, un nouveau dépôt est en préparation et l’offre continue de s’élargir avec l’intégration de nouvelles références. Mais pendant que cette activité poursuivait sa croissance, Mohamed Amine Daoudi regardait déjà plus loin. « Le problème aujourd’hui dans le multimarque, c’est que la concurrence est devenue très forte. Les marges diminuent et il devient difficile de rentabiliser une structure importante avec des équipements modernes », explique-t-il.
Ce constat l’amène progressivement à s’interroger sur l’avenir de Rhodium Car Service. Non pas parce que l’activité fonctionne mal, mais parce qu’il estime que le marché évolue rapidement et que les ateliers doivent eux aussi se transformer. L’idée d’une concession automobile commence alors à germer. Son emplacement à Ben Arous, au cœur d’une zone où plusieurs concessionnaires sont déjà implantés, constitue un avantage évident. Une marque manque pourtant à l’appel : Toyota.
Les discussions s’engagent. La marque s’intéresse au projet, apprécie l’emplacement et connaît déjà le parcours de son interlocuteur dans le secteur automobile tunisien. Le reste s’enchaîne rapidement. Les travaux sont lancés, un showroom prend forme et Rhodium Car Service amorce sa transformation pour devenir une véritable agence Toyota 3S intégrant vente, service après-vente et pièces de rechange. Une nouvelle étape dans un parcours qui n’a cessé de prendre de l’ampleur depuis l’ouverture du premier magasin de batteries.
Toujours à la recherche du prochain défi
Chez Mohamed Amine Daoudi, un projet en appelle souvent un autre. À peine l’activité Toyota lancée, une nouvelle opportunité attire son attention. Cette fois-ci, il s’agit de carrosserie. Un domaine qu’il reconnaît découvrir encore aujourd’hui, mais qui correspond parfaitement à sa manière de voir l’évolution de l’après-vente automobile.
C’est ainsi qu’est né Automium, un centre de carrosserie multimarque capable d’intervenir sur tous types de véhicules. Là encore, le choix n’est pas le fruit du hasard. Derrière cette diversification se cache une réflexion beaucoup plus large sur les transformations qui attendent le secteur automobile dans les prochaines années. Selon lui, l’arrivée progressive des véhicules électrifiés va profondément modifier l’économie des ateliers traditionnels. Les opérations d’entretien périodique seront moins nombreuses, certaines interventions mécaniques deviendront plus rares et une partie des revenus historiques de l’après-vente risque progressivement de s’éroder.
La carrosserie, en revanche, continuera de jouer un rôle central. « Même une voiture électrique peut avoir un accident », résume-t-il simplement. Cette conviction l’a poussé à investir dans de nouveaux équipements, à former ses équipes et à préparer son entreprise à une réalité qu’il estime inévitable. Pour lui, attendre que le marché bascule complètement serait une erreur. Mieux vaut prendre de l’avance et apprendre progressivement les nouveaux métiers qui façonneront l’après-vente de demain.
Ce raisonnement résume parfaitement sa manière d’aborder le développement de ses entreprises. Chaque nouveau projet répond à une logique d’anticipation. L’objectif n’est pas seulement de diversifier les activités mais de construire un ensemble cohérent capable d’évoluer avec les transformations du marché automobile tunisien.
Toyota, l’hybride et la valeur du temps
Lorsqu’il parle de Toyota, Mohamed Amine Daoudi ne commence jamais par les équipements, les écrans ou les dernières technologies embarquées. Ce qui l’intéresse d’abord, c’est la durée. La capacité d’un véhicule à traverser les années sans devenir une source de préoccupations pour son propriétaire. Une approche qui correspond assez bien à sa propre vision de l’automobile et qui explique pourquoi le constructeur japonais s’est finalement imposé comme une évidence dans son parcours entrepreneurial.
À l’intérieur du showroom de Ben Arous, les modèles hybrides occupent naturellement une place centrale. Chez Toyota, cette technologie n’est pas une nouveauté ni une réponse récente à une tendance du marché. Elle fait partie de l’ADN de la marque depuis plus de deux décennies. « L’hybride a vingt-cinq ans chez Toyota. Ils ont commencé bien avant tout le monde et ils ont continué à développer cette technologie pendant que d’autres cherchaient encore leur direction », explique-t-il.
Cette expérience accumulée constitue aujourd’hui l’un des principaux arguments de la marque. Alors que de nombreux constructeurs se sont lancés dans une course au tout électrique, Toyota continue de défendre une approche plus progressive. Pour Mohamed Amine Daoudi, cette stratégie correspond davantage aux réalités de nombreux marchés, notamment en Afrique du Nord. Entre un moteur thermique classique et un véhicule entièrement électrique, l’hybride apparaît comme une transition plus naturelle, plus simple à adopter et surtout moins dépendante des infrastructures de recharge.
Le sujet revient régulièrement dans la conversation. L’électrique progresse, c’est une réalité. De plus en plus de marques, notamment chinoises, introduisent des modèles électriques dans leurs catalogues. Mais pour lui, la situation tunisienne reste particulière. Les bornes de recharge sont encore peu nombreuses, les ateliers spécialisés demeurent rares et les compétences nécessaires à la maintenance de ces véhicules commencent seulement à se développer. « Aujourd’hui, la destination de l’électrique en Tunisie n’est pas encore totalement claire », estime-t-il.
À l’inverse, l’hybride s’intègre plus facilement dans les habitudes des automobilistes. Il conserve les avantages du moteur thermique tout en réduisant la consommation de carburant, un argument devenu particulièrement sensible dans le contexte actuel. Cette réalité se reflète d’ailleurs directement dans les ventes de l’agence. Le RAV4 continue de séduire une clientèle à la recherche d’un SUV robuste et économique à l’usage, tandis que les modèles compacts hybrides commencent à attirer de nouveaux profils d’utilisateurs.
Mohamed Amine Daoudi cite notamment l’exemple des taxis, un segment où les mentalités évoluent progressivement. Pendant des années, le diesel a constitué la référence quasi exclusive pour les professionnels du transport. Aujourd’hui, plusieurs chauffeurs commencent à s’intéresser à des modèles hybrides comme la Yaris. Une évolution qui n’a rien d’anecdotique. Dans de nombreux pays, les flottes de taxis roulent déjà depuis longtemps en Toyota hybride pour une raison simple : la maîtrise des coûts d’exploitation.
Mais au-delà des consommations annoncées ou des fiches techniques, ce qui revient constamment dans son discours est la notion de fiabilité. « Le Tunisien achète une voiture pour rouler et ne pas avoir de surprises », résume-t-il. Selon lui, c’est précisément là que Toyota conserve une longueur d’avance. Les clients ne viennent pas nécessairement chercher le véhicule le plus spectaculaire du marché ou celui qui possède le plus d’options. Ils recherchent avant tout une automobile capable de les accompagner pendant des années sans générer de dépenses imprévues.
Cette réputation bénéficie autant aux véhicules particuliers qu’aux utilitaires. Le Hilux reste pour lui une référence presque incontournable dans son segment, tandis que les Land Cruiser et Prado continuent d’incarner une certaine idée du tout-terrain durable. « Dans d’autres marques, vous trouverez parfois plus de technologies ou davantage d’équipements. Chez Toyota, ce qui compte avant tout, c’est la durée de vie du véhicule, sa robustesse et sa sécurité ».
Cette philosophie explique également pourquoi les nouvelles mesures fiscales récemment introduites en Tunisie le laissent quelque peu perplexe. Certaines dispositions favorisent les véhicules hybrides rechargeables équipés de petites cylindrées, alors que Toyota ne commercialise pas encore ce type de motorisation sur le marché tunisien. Une situation qui pénalise indirectement certains modèles de la marque, malgré des niveaux de consommation et d’émissions particulièrement compétitifs. Pour lui, le débat mérite d’être abordé de manière plus globale, en tenant compte de l’efficacité réelle des technologies et non uniquement de la cylindrée affichée sur la fiche technique.
Pour autant, ces contraintes n’ont pas freiné la dynamique commerciale de l’agence. Les ventes continuent de progresser et la clientèle répond présente. Une confirmation supplémentaire que, dans l’automobile, certaines valeurs traversent les modes et les évolutions technologiques. La fiabilité en fait partie. Et c’est précisément sur ce terrain que Mohamed Amine Daoudi a choisi de construire son partenariat avec Toyota.
Global Battery, le métier historique qui continue d’évoluer
Si Toyota et Automium représentent les développements les plus récents de son parcours, Global Battery reste le projet auquel Mohamed Amine Daoudi demeure le plus intimement attaché. C’est avec cette activité qu’il a fait ses premiers pas dans l’entrepreneuriat automobile, et c’est encore aujourd’hui l’un des piliers de son groupe. Pourtant, là aussi, le métier n’est plus tout à fait le même qu’il y a dix ans.
Dans le showroom réaménagé de Ben Arous, les batteries occupent toujours les rayonnages, mais l’environnement qui les entoure évolue rapidement. L’arrivée progressive des véhicules hybrides et électriques modifie les habitudes de travail et oblige les professionnels à acquérir de nouvelles compétences. Là où le remplacement d’une batterie se limitait autrefois à une opération relativement simple, certaines interventions nécessitent désormais des procédures beaucoup plus complexes.
« Avant, on remplaçait une batterie et l’affaire était réglée. Aujourd’hui, sur certaines voitures hybrides ou électriques, surtout chinoises, il faut parfois reprogrammer des systèmes, effacer des codes défauts ou recalibrer certains paramètres électroniques », explique-t-il.
Une évolution qui le pousse à investir davantage dans la formation de ses équipes. Car contrairement à ce que certains imaginent, l’électrification ne signe pas la disparition du marché de la batterie de démarrage. Bien au contraire. Même les véhicules hybrides ou 100% électriques continuent d’utiliser une batterie auxiliaire de 12 volts destinée à alimenter une partie des équipements du véhicule.
« Beaucoup de personnes pensent qu’avec l’électrique nous n’aurons plus besoin de batteries de démarrage. En réalité, elles sont toujours présentes. Cela nous rassure pour l’avenir de Global Battery, mais cela nous oblige aussi à faire évoluer nos compétences techniques ».
Cette adaptation permanente constitue d’ailleurs l’un des fils conducteurs de son parcours. Chaque évolution du marché est observée avec attention, non pas comme une menace mais comme un sujet à anticiper. La même logique l’avait conduit à s’intéresser très tôt aux batteries destinées aux véhicules électrifiés. Elle l’amène aujourd’hui à renforcer les capacités de diagnostic de ses équipes pour accompagner les nouvelles générations de véhicules qui arrivent progressivement sur les routes tunisiennes.
En parallèle, l’activité historique continue de se développer. Global Battery distribue aujourd’hui aussi bien des marques tunisiennes comme Assad ou Nour que des références internationales telles que Bosch, Varta, Exide, Tudor ou encore Energizer. Les ventes se répartissent entre particuliers, professionnels et revendeurs, un équilibre qui permet à l’entreprise de conserver une activité soutenue malgré les fluctuations du marché.
Pour soutenir cette croissance, l’organisation logistique a elle aussi évolué. Un premier stock est conservé sur le site principal afin d’alimenter les ventes quotidiennes, tandis qu’un dépôt plus important situé à proximité assure le stockage des volumes. Une nécessité pour un produit dont les conditions de conservation exigent certaines précautions. « La batterie reste un produit sensible. Nous devons respecter des normes spécifiques de stockage et de sécurité », rappelle-t-il.
Le site de Ben Arous est d’ailleurs en pleine transformation. Après une première modernisation réalisée il y a quelques années, un nouveau programme de réaménagement est actuellement en cours afin d’améliorer la visibilité de l’enseigne et d’accompagner l’évolution de l’entreprise. Un nouveau dépôt est également en préparation. Des investissements qui montrent que Mohamed Amine Daoudi continue de croire au potentiel de développement de cette activité qui a marqué ses débuts dans l’automobile.
L’entrepreneur qui ne sait pas rester immobile
À mesure que la conversation avance, un constat s’impose presque naturellement. Derrière Global Battery, Toyota ou Automium, le véritable moteur du développement reste avant tout Mohamed Amine Daoudi lui-même. Chaque projet semble naître d’une même envie : comprendre où se dirige le marché et essayer d’y être présent avant les autres.
Depuis notre première rencontre, cette dynamique s’est concretisée à travers de nouveaux investissements, de nouveaux métiers et une vingtaine de recrutements supplémentaires. Un rythme soutenu qui surprend parfois même son entourage. Lui-même en plaisante volontiers.
« Après Rhodium, j’ai dit à ma femme que c’était le dernier projet. Elle ne m’a pas cru. Ensuite, j’ai lancé Toyota, je lui ai encore dit que ce serait le dernier. Elle ne m’a toujours pas cru. Puis est arrivé Automium… ».
L’histoire se termine dans un éclat de rire. Mais derrière l’anecdote se cache probablement la meilleure définition du personnage. Certains entrepreneurs cherchent la stabilité. D’autres recherchent la croissance. Mohamed Amine Daoudi semble surtout attiré par les défis. Ceux qui obligent à apprendre un nouveau métier, à explorer un nouveau marché ou à imaginer ce que sera l’automobile de demain.
Et lorsqu’on lui demande quels seront ses prochains projets dans deux ou trois ans, il hésite quelques secondes avant de sourire. La réponse importe finalement moins que la réaction. Car même lui semble savoir qu’il ne restera probablement pas longtemps sans lancer une nouvelle aventure.
Abdellah Khalil









